CONTRE-ENQUETE (4) : Pollution aérienne et risques sanitaires


1) Impact de la pollution aérienne sur la santé

Lorsque l’on veut mesurer l’impact d’une pollution aérienne, il convient de distinguer les émissions et les concentrations. Les émissions concernent les producteurs de  polluants c’est à dire les entreprises. On peut les mesurer par exemple à l’aide de capteurs au sortir des cheminées d’usine. Quant aux concentrations, elles correspondent à l’impact réellement subit par les habitants, ce qui signifie qu’elles peuvent être décalées des lieux d’émission sous l’influence des vents, du rayonnement solaire,de l’altitude, etc. La mesure des concentrations se fait à l’aide de capteurs placés « à hauteur d’homme », soit le long des axes routiers, soit dans des lieux abrités.

Source : AIRPARIF

L’effet de la pollution de l’air sur les habitants n’est jamais anodin et il n’existe pas de seuil en dessous duquel les effets seraient négligeables.  D’après l’étude ERPURS, on trouve plutôt une série d’effets secondaires d’impacts croissants, de la réduction des fonctions respiratoires au décès prématuré.

Source : Plan régional pour la qualité de l’air en Ile de France, 2009

 

2)  Que savons-nous de la pollution actuelle de l’air autour du Port de Bonneuil ?  Rien ou presque !

Lorsque l’on regarde les cartes de pollution produites par AIRPARIF, on a l’impression que l’ensemble de la région Ile de France est sous surveillance en ce qui concerne la qualité de l’air. Mais en réalité les stations permanentes de mesure sont très peu nombreuses et la plupart des cartes de pollution sont des extrapolations mathématiques réalisées à l’aide de ces trop rares capteurs et de renseignements sur la localisation des industries. On peut ainsi en apparence trouver pour chaque commune du Val de Marne ses émissions de polluants et, mieux, produire une cartographie de la pollution à l’échelle du carreau de 1km2.  Voici à titre d’exemple quelques cartes sur les principaux polluants en 2008, tirées d’un rapport AIRPARIF de février 2012

Figure 1 : Une estimation illusoire (car indirecte)  des émissions de polluants en 2008

De gauche à droite :   Gaz à effet de serre / NOx / Particules fines / COVDM

Le problème est que ces chiffres sont très largement illusoires puisque ne résultant pas de mesures directes. En cas de recours contre une industrie polluante, il faut disposer de mesures réelles et non pas de simulations. Or, le réseau de capteur permanent AIRPARIF semble prendre un malin plaisir à éviter le Port de Bonneuil, comme le montre la carte ci-dessous.

Source : AIRPARIF, 2012, Inventaires des émissions en Ile de France – Résultats de l’Année 2008,

Le premier point de mesure permanent se trouve à Champigny et encore ne mesure-t-il que certains types de polluants classiques, mais pas les polluants de spécifiques au bitume de type HAP. Pour ces derniers, le point de mesure le plus proche est à … Ivry ! Autant dire que l’on ne dispose actuellement d’aucune source indépendante fiable de mesure sur la pollution aérienne dans le Port de Bonneuil et aux alentours.

Alors dans ce cas qui va se charger d’effectuer des mesures de pollution aérienne et de risque sanitaire … Vous avez deviné ???

3) Des mesures de pollution arienne et de risque sanitaire fournies par Eiffage

Eh oui ! La lecture des documents administratifs ayant conduit à l’autorisation préfectorale ne laisse aucun doute à ce sujet : c’est l’exploitant lui-même qui a fourni les évaluations de risque sanitaire au commissaire enquêteur :

Eiffage s’est fondé sur les analyses réalisées dans trois autres de ses centrales. Et on appréciera la virtuosité avec laquelle l’une ou l’autre des trois centrales est mobilisée dans la démonstration selon le polluant considéré. On apprendra aussi avec intérêt que le lignite allemand du bassin de Cologne est l’un des moins polluants. Il est vrai que, tant qu’à commander une centrale allemande, autant utiliser du lignite allemand…

Conclusion : nous savons que nous ne savons rien !

=> L’évaluation de la pollution aérienne est rendu difficile par  (1) l’absence remarquable de surveillance de la pollution aérienne dans le Port de Bonneuil où se trouvent déjà d’autres installations classées et (2)   le fait que le préfet du Val de Marne a laissé la société Eiffage fournir elle-même l’étude d’impact sanitaire, en utilisant ses propres chiffres … Autant dire que nous sommes confrontées à une absence totale d’information et de transparence. Le premier combat à mener parallèlement à l’arrêt de la centrale Eiffage doit donc  être la mise sous surveillance de la qualité de l’air dans l’ensemble du Port de Bonneuil et les communes environnantes. Ce n’est que lorsqu’une surveillance indépendante sera effective qu’on pourra autoriser de nouvelles implantations. Et à la condition expresse que les chiffres  de pollution ne proviennent pas de la société concernée !

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