Lettre ouverte à Xavier Barthelemy, directeur industriel d’Eiffage Travaux Publics

Sucy-en-Brie, le 22 mars 2012

Monsieur Barthelemy,

Ne doutant guère de l’efficacité de vos  communicants mercenaires chargés de surveiller le présent blog et d’y poster leurs commentaires venimeux, je m’épargnerai le ridicule de vous envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception. Cette lettre vous parviendra demain vendredi 23 mars. Je n’ai aucun doute à ce sujet.

Vous l’avez compris comme nous, une première phase de la mobilisation contre votre projet d’implantation s’achève avec le rendez-vous d’hier en préfecture dont nous avons posté le compte-rendu sur le blog T’AIR-EAU 94. Sans doute d’ailleurs n’avez vous pas eu besoin de ce compte-rendu pour sabler le champagne avec vos actionnaires, tant il est patent que vous disposiez d’alliés sûrs et de rapporteurs dociles dans les services chargés de conduire l’enquête d’utilité publique.

Ah ! vous avez dû bien rire en imaginant la tête des membres de notre collectif  lorsque le Sous-préfet nous a annoncé que vous aviez procédé aux premiers essais de fonctionnement en mars et que vous alliez ouvrir l’usine en avril, pendant les vacances scolaires d’Ile-de-France. Vos spécialistes des mouvements citoyens vous en ont bien donné l’assurance, rien de tel qu’une mise en fonctionnement pour tuer un mouvement tel que le nôtre : indignation certes, mais suivi rapidement de lassitude et de découragement. Voila ce qu’ils vous ont promis, ces spin doctors !

Et comme vous avez dû également rire en pensant à l’efficacité de ce bon vieux chantage à l’emploi que vous avez distillé au sujet de votre implantation de Valenton. Cent emplois en jeu, voilà qui permettrait de neutraliser efficacement la mairie de Bonneuil et l’ensemble des syndicats. J’en oublierai presque votre action souterraine mais efficace auprès du Port de Bonneuil et de sa direction, ainsi que la mystérieuse disparition du compte-rendu du conseil municipal de Sucy-en-Brie.

Oui, en réalité, vous avez dû bien rire. Et vous vous apprêtez sans nul doute à engranger quelque belle prime sous forme de stock-options en récompense de ces  belles tonnes d’enrobés à chaud qui vont sortir à raison de 320 tonnes par heure comme autant de lingots d’or ou d’argent  pour les actionnaires. Il est vrai que l’argent, à la différence du bitume n’a pas d’odeur.

Et pourtant …

Et pourtant je crois que vous auriez véritablement tord d’ouvrir l’usine en catimini au mois d’avril sans avoir souscrit à notre demande de moratoire jusqu’à ce que des mesures sérieuses de pollution de l’air ait été effectuées par un organisme compétent et indépendant. Pourquoi, me direz-vous, perdre le bénéfice de plusieurs mois de production ? Pourquoi prendre le risque de tomber sous le coup d’une nouvelle loi plus rigoureuse en juin 2012 ? Pourquoi  gaspiller la victoire qui vous semble désormais à portée de main ?

Pour deux raisons simples qui dépassent l’entendement de vos conseillers en communication et en stratégie.

La première de ces raisons est que, à supposer que vous réussissiez à mettre en fonctionnement l’usine, vous allez écorner l’image de l’entreprise Eiffage à un point tel que les bénéfices escomptées de la vente des enrobés à chaud sur le Val-de-Marne et surtout sur Paris seront en pratique annulés par la dégradation de l’image que vous vous efforcez de donner depuis plusieurs années de votre entreprise comme acteur du développement durable. J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre brochure à ce sujet et je sais que, de cette image, dépendent des bénéfices autrement importants pour vos actionnaires en France mais aussi en Europe et dans le Monde. Les centrales d’enrobés sont un sujet international et les contrats que vous perdrez à l’avenir ne concerneront pas que l’Ile-de-France ou la France. Car voyez-vous, la victoire que vous pensiez ramener triomphalement à vos actionnaires sera votre très personnelle défaite. Lorsque l’action que vous avez menée dans le Port de Bonneuil sera largement connue et diffusée, lorsque l’on saura avec quelle habileté vous avez écrasé un pauvre collectif citoyen et réussit l’installation magistrale d’une usine dangereuse près de 3 écoles, 5 maisons de retraite et 50 000 habitants… Eh bien ce sont vos actionnaires qui vous mettront à la porte Monsieur Barthelemy. Car par votre faute Eiffage perdra bien davantage sur les autres marchés de l’entreprise, notamment les Partenariats Publics Privés pour la constructions d’hôpitaux, écoles ou lycées. Aucun décideur public n’osera plus confier à Eiffage de telles réalisations après votre brillant succès de Bonneuil-sur-Marne.

La seconde raison est que votre centrale ne produira pas longtemps si vous l’ouvrez sans mesure préalable de la qualité de l’air. Nous avons le droit pour nous, tant français qu’européen. Même si cela prend du temps, la justice française cassera l’arrêté d’exploitation pour vices de procédure et la justice européenne condamnera à nouveau la France pour non respect des directives sur les installations classées et la pollution de l’air. Vos juristes n’y pourront rien tant il y a évidence à annuler une décision aussi aberrante . Vous pourrez tout au plus produire une années ou deux, à l’issue desquelles il vous faudra cesser la production avec les dégâts considérables d’image pour votre entreprise.

Votre seule chance raisonnable d’ouvrir un jour cette usine c’est une transparence absolue sur les mesures de la qualité de l’air dans le Port de Bonneuil. Si véritablement votre technologie est irréprochable, vous avez tout à y gagner. Vos concurrents polluants de la SPME seront obligés de fermer à l’issue de cette enquête et, si de vôtre côté vous êtes prêts à utiliser les technologies les moins nuisibles en acceptant un contrôle strict et indépendant, vous aurez à la fois gagné un marché et renforcé votre image d’entreprise citoyenne.

Réfléchissez-y bien. Et n’oubliez pas une chose.

Nous sommes 3500 aujourd’hui, 5000 demain, 10000 après demain.

Nous sommes une force lente, ancienne et que rien n’arrête.

Nous sommes le peuple.

Claude GRASLAND

Pour le collectif T’AIR-EAU 94

4 commentaires

  1. Si malheureusement cette centrale était mise en service, il faudrait faire comme sur les toits de l’Opéra Garnier à Paris, installer une ruche, à proximité immédiate de l’usine Eiffage. En espérant que la reine survive (les ouvrières ont s’en fiche M. Bathélémy)! Le miel et la gelée royale pourront être offerts aux dirigeants d’Eiffage et aux pouvoirs publics qui ont acceptés la centrale en agglomération.

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