DEBAT POLITIQUE (2) : Trois contributions de Saint-Maur-des-Fossés

Depuis l’appel lancé la semaine dernière à ouvrir un débat public sur l’usine Eiffage de Bonneuil, nous avons reçu deux contributions explicites de partis politiques conformes aux règles du jeu qui avaient été fixées  et une contribution implicite de la mairie de Saint-Maur-des-Fossés. Nous les publions dans le présent billet et les archivons  dans le nouvel onglet « Debat Public »  où elles seront suivies, nous l’espérons, de nombreuses autres.

On notera la vitalité du débat politique autour de la centrale d’enrobés à Saint-Maur-des-Fossés, par contraste avec l’absence de discussion dans les autres communes, notamment Sucy-en-Brie et Bonneuil-sur-Marne. Outre les contributions officielles cités ci-dessous, nous invitons le lecteur à consulter les commentaires des blogs locaux de Saint-Maur-des-Fossés où des personnages pittoresques (« NiNi », « Le Curieux », « La Pie qui Chante », « 007 », … pour n’en citer que quelques uns) s’en donnent à coeur joie après la publication de chaque billet nouveau. Voir par exemple les 46 commentaires suivant le compte-rendu de la réunion en préfecture sur le blog de  J.F. Le Helloco.


« Pourquoi nous disons NON à l’usine Eiffage de Bonneuil-sur-Marne »

Auteur :  Groupe local Europe Ecologie – Les Verts de St-Maur-des-Fossés / La Varenne

Date de réception : 31 Mars 2012

Contact : eelv.saintmaur@free.fr

Document reçu au format PDF

 Par arrêté du 27 juin 2011, le Préfet du Val-de-Marne autorisait la société Eiffage Travaux Publics à exploiter une centrale d’enrobage au bitume à chaud, dans le port de Bonneuil, rue du Moulin Bateau. Une telle autorisation préfectorale est nécessaire s’agissant d’une installation classée pour la protection de l’environnement  (ICPE), comprenant divers dépôts (houille, lignite, goudron, asphalte…), et  des activités de concassage et de pulvérisation de  matériaux.

Or, cette autorisation a été donnée malgré l’avis défavorable des communes de  Saint-Maur et Ormesson et la demande d’expertise de Sucy-en-Brie; la centrale est donc construite et les premiers essais de fonctionnement viennent de se dérouler  …en plein pic de pollution atmosphérique.

1000 habitants vivent à moins de 500 mètres de cette installation, plus de 9000 à moins d’un km, …52 000 à moins de 2 kilomètres!

 Une technique polluante et coûteuse

Un enrobé à chaud est un mélange de graviers, granulats, sable et bitume qui nécessite de sécher les matériaux en les chauffant entre 150 et 200 degrés. La fabrication d’enrobé à chaud est coûteuse en énergie, elle dégage des fumées, des poussières, des gaz à effet de serre (GES).

La source d’énergie prévue à Bonneuil est le lignite, moins cher que le gaz naturel, mais beaucoup plus polluant puisque sa combustion libère deux fois plus de CO2 mais aussi du NO2, du SO2 ainsi que des poussières. Pourtant la société Eiffage a choisi un équipement de marque allemande, Benninghoven, qui produit aussi des centrales équipées de brûleurs acceptant d’autres types de combustibles. Pourquoi avoir choisi le lignite pour une centrale installée en pleine agglomération? D’où viendra-t-il ?

Ces émissions liées à la source d’énergie, et ajoutées à la technique d’enrobage elle-même,  ne sont pas sans conséquences tant en termes de production de GES que d’incidence sur la santé des populations vivant à proximité et sur celle des travailleurs produisant ou utilisant le matériau. A tout le moins,  nous devrions déjà nous mobiliser pour le choix d’une énergie moins polluante.  Mais est-ce suffisant?

Des alternatives?

Des solutions alternatives, dites enrobé à froid (moins de 40 degrés), existent et présentent de nombreux avantages : économie d’énergie, dont le coût ne peut qu’augmenter, suppression des GES, absence d’odeurs et de fumées, mise en œuvre facilitée par tous les temps. D’ailleurs la société Eiffage elle-même a inauguré en 2009, en Indre-et-Loire, en présence d’élus locaux,  une installation dite de « développement durable » qui produit des enrobés à température moyenne et permet de recycler à 50% les anciens enrobés.

Actuellement les enrobés à froid sont surtout utilisés pour l’entretien et les petites surfaces qui représentent déjà un marché considérable, mais la technique permet aussi la réalisation d’ouvrages importants. Des matériaux innovants utilisant un liant végétal, donc renouvelable, sont également développés. Certains enrobés à froid sont perméables, d’autres de couleur claire permettent de lutter contre les îlots de chaleur en ville.

Le Port de Bonneuil : une opportunité pour le développement durable

Nous défendons l’idée que la présence du  port de Bonneuil est une opportunité pour orienter le bassin d’emploi vers des filières de production et des industries durables, ancrées localement et écologiquement acceptables. Le transport des matériaux de construction peut se faire par le fleuve ou le rail, il pourrait donc paraitre logique que des  installations qui traitent ou produisent des matériaux pour le bâtiment et les travaux publics s’installent dans les ports, à proximité des chantiers, des fournisseurs et des clients. Mais c’est l’ensemble des procédés de production qui doit être repensé pour promouvoir les matériaux compatibles avec un environnement préservé.

Ainsi ce sont les collectivités locales, à tous les niveaux, mais aussi les citoyens et les acteurs de la filière qui doivent se mobiliser pour développer les emplois de production qui répondent réellement aux attentes et aux besoins des habitants.

 Existe-t-il un meilleur bitume ?

La centrale de Bonneuil aura une capacité maximum de 200 000 tonnes par an ; si les matériaux entrant dans la fabrication pourraient arriver par voie fluviale, l’enrobé à chaud est ensuite transporté par camion sur les chantiers ; en tablant sur 1000 tonnes par jour de fonctionnement, on pourrait voir ces jours là, 50 camions partir puis revenir à la centrale.

Bref, au delà du bruit, de la pollution et de la circulation engendrée, autant de camions qui seront à l’origine des « nids de poules » que l’enrobé qu’ils transportent est censé aller boucher plus loin…

Si la réparation des « nids de poules » répond parfois à de réels risques sur la stabilité de la voirie et à la sécurité des véhicules qui y circulent, il répond aussi hélas à une facilité électoraliste de certains élus locaux. Des élus qui tiennent aujourd’hui un discours schizophrène entre le refus de centrales d’enrobage bitumineux sur ou à proximité de leurs territoires et leur manie permanente de bitumer le moindre espace de leur ville comme les trottoirs par exemple.

Est-il nécessaire lors de la réfection de certaines rues, comme à Saint-Maur, de supprimer les arbres d’alignement pour élargir les trottoirs, les recouvrir de bitume, avec un coût de plusieurs milliers d’€uros au mètre linaire, pour au final y faire stationner les voitures…? Pendant que dans le même temps, les mêmes élus  insisteront sur la nécessité de réparer la perte de biodiversité et qu’à grand renfort de communication on rendra quelques petites centaines de mètres de trottoirs aux herbes et plantes sauvages…

Les sols artificiels – en d’autres termes urbanisés – représentaient en 2004 8,4% du territoire métropolitain avec une progression de 15% par an depuis 1994, alors que dans la même période l’augmentation de la population française n’était que de 5% par an. Cette croissance des surfaces artificielles urbaines se traduit par une augmentation progressive et irréversible de  l’imperméabilisation du sol qui elle même est à l’origine des phénomènes de ruissellement des eaux, dont la teneur en polluants de toutes natures se trouve augmentée, particulièrement en milieu urbain, et qui sont parfois à l’origine de crues catastrophiques. Le meilleur bitume est donc celui que l’on peut éviter…

 Notre refus de l’installation de l’usine Eiffage sur le port de Bonneuil, et notre refus de la voir construire ailleurs, se fondent donc tout autant sur des considérations de défense des populations riveraines, et en particulier de leur santé, que sur la nécessité de repenser un modèle de développement de notre tissu industriel local qui soit respectueux de l’environnement et des ressources naturelles.


« Usine de bitume : pour le recours en justice contre l’arrêté d’exploitation « 

Auteur : Mouvement démocrate de St-Maur-des-Fossés

Date de réception : Publié le 4 avril 2012 sur le site http://www.modemsaintmaur94.fr/

Contact : Stéphane Heliere :  stephane_heliere@yahoo.fr

Lien direct vers l’article publié

Le Collectif T’air-eaupoursuit la mobilisation (ce sont + de 4500 pétitionnaires dont une majorité de saint-mauriens désormais) contre l’usine d’enrobés de bitume d’Eiffage au Port de Bonneuil. Face à cette usine polluante émettrice de fumées cancérigènes, d’odeurs nauséabondes et de nuisances sonores, le Collectif demande au Maire de Saint-Maur d’informer largement les Saint-Mauriens et d’entreprendre le recours juridique contre l’arrêté d’exploitation du Préfet pour empêcher le démarrage de l’usine, qui est déjà construite et en rodage. C’est le seul moyen pour protéger notre santé, nos enfants, préserver notre environnement et notre cadre de vie !

Grâce à la mobilisation des Saint-Mauriens, la mairie de Saint-Maur réagit (dès hier par un tract/pétition invitant les habitants à soutenir l’action de la municipalité) et ajoute un point en urgence à l’ordre du jour du Conseil municipal de ce soir. Le maire mettra au vote une délibération précisant les exigences de la commune, c’est à dire une évaluation environnementale avant l’ouverture de l’usine, des mesures de l’air régulières par un organisme indépendant et un audit global du port autonome. La ville de Saint-Maur se réserve aussi le droit d’attaquer l’arrêté complémentaire que doit prendre la préfecture s’il ne répond pas à ses exigences. Nous approuvons bien entendu cette initiative qui répond partiellement aux demandes du Collectif et des riverains.

Notons toutefois que lors de la réunion publique sur le biodiversité mardi soir dernier, Sylvain Berrios, adjoint à l’urbanisme et conseiller général de la Varenne, en réponse aux interrogations des riverains et de membres du Collectif, après avoir rappelé les exigences de la ville, s’était engagé pour la municipalité à ce que la ville de Saint-Maur entreprenne le recours contre l’arrêté d’exploitation du Préfet, si celui-ci ne prenait pas l’arrêté complémentaire d’ici la tenue du conseil municipal du 05 avril. Il s’était même engagé sur une date pour le recours : « dès le lendemain du Conseil ». Soit vendredi 06 avril. La délibération présentée ce soir ne correspond pas à cet engagement : seul un recours contre l’arrêté d’exploitation permet le non démarrage de l’usine de bitume. Le recours contre l’arrêté complémentaire, non.


« Usine Eiffage sur le Port de Bonneuil : le combat de la ville depuis 2010 pour protéger les riverains « 

Auteur : Mairie de St-Maur-des-Fossés

Date : Publié le 4 avril 2012 sur le site officiel de la ville de Saint-Maur-des-Fossés http://www.saint-maur.com

Contact : Sylvain Berrios : sylvain.berrios@mairie-saint-maur.com

Lien vers l’article : http://www.saint-maur.com/Usine-Eiffage-sur-le-port-de-Bonneuil

Nous laissons le soin aux lecteurs de cliquer sur le lien-ci-dessus pour prendre connaissance de la position officielle de la ville de Saint-Maur-des-Fossés. Nous nous contentons de publier ci-dessous l’échange de courriel entre le collectif T’AIR-EAU94 et Monsieur Sylvain Berrios au sujet de cette publication et du lancement d’une nouvelle pétition.

Demande d’explication du collectif T’AIR-EAU94 à Sylvain Berrios et Catherine Juan (5 Avril, 8h18)

Monsieur Berrios,
Madame Juan,

Je tenais à vous faire part de la surprise voire de l’indignation de plusieurs membres du collectif T’AIR-EAU 94 lorsqu’ils ont découvert l’article et la pétition que vous avez mis en ligne sur le site de la ville de Saint-Maur-des-Fossés :

http://www.saint-maur.com/Point-sur-l-installation-d-une-usine-Eiffage-sur-le-port-autonome-de-Bonneuil

Ce qui apparaît en effet pour le moins étonnant est le fait que vous ne mentionniez jamais notre collectif, surtout lorsque vous relatez la réunion en préfecture où vous vous êtes si l’on peut dire invité. Quand à l’opportunité d’une nouvelle pétition, le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne saute pas aux yeux et apparaît surtout comme une erreur tactique : on voudrait affaiblir le mouvement de protestation contre l’usine qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
Monsieur Jean-François Le Helloco était le seul membre de la mairie de Saint-Maur que nous avions invité à se joindre à notre délégation en préfecture, précisément parce qu’il respecte la démarche unitaire du collectif sur son blog et parce qu’il a personnellement contribué à faire signer la pétition. Nous lui conservons de ce fait tout notre respect,
Sans modification rapide de la page web incriminé, indiquant le lien vers le site T’AIR-EAU94 et vers notre pétition initiale (on peut en signer deux), nous serons forcé de conclure à une simple opération de récupération politique voire à une manoeuvre d’affaiblissement du mouvement citoyen contre l’usine Eiffage.Nous en informerons alors les membres du collectif.
Cordialement,

Claude GRASLAND

Réponse de Sylvain Berrios au collectif T’AIR-EAU94  (5 avril, 11h14)

Tout d’abord avec Catherine Juan nous avons reçu un mail d’invitation à la réunion en préfecture et nous vous avons informé par retour de mail que nous serions présents.  Ensuite devant le parvis la préfecture, nous vous avons indiqué que nous ne souhaitions pas assister au RDV et c’est le collectif qui a souhaité notre présence et informé l’autorité préfectorale. La ville de Saint-Maur est la seule collectivité qui a dès l’origine pris une position défavorable à l’implantation de la centrale d’enrobage, bien avant que le collectif ne se constitue. Nous ignorons par ailleurs quelles actions le collectif a entamé auprès des autres collectivités.  C’est la prise de position initiale, dès 2010, qui permet à la ville de Saint-Maur aujourd’hui d’agir et d’envisager tous les recours possibles. Le collectif nous indiqué qu’il ne donnerait pas de suite devant les tribunaux. Dès lors nous demandons aux Saint-Mauriens de soutenir les actions municipales que le collectif ne peut pas conduire. Nous prenons note enfin que notre action de vous inspire pas le respect.  Pourtant la ville de Saint-Maur n’a pas varié un instant depuis 2 ans de position et il est regrettable que le Collectif fasse le choix de l’affrontement avec la ville plutôt que de la complémentarité. Je crains que cela n’affaiblisse votre action pourtant légitime et pertinente.

Bien à vous,
Sylvain Berrios
www.berrios.fr
Conseil général du Val-de-Marne
Maire-adjoint de Saint-Maur-des-Fossés

Réponse du collectif T’AIR-EAU94  à la réponse de Sylvain Berrios (5 avril, 19h35)

Monsieur,

 Je n’ai pas l’intention de développer une polémique qui ne ferait qu’affaiblir la mobilisation, aussi je me contenterai de publier in extenso le présent échange de courrier dimanche prochain dans la rubrique « Débat Politique – position de la mairie de Saint-Maur ».J’ai confiance dans le discernement des 5000 citoyens qui ont signé la pétition du collectif T’AIR-EAU94 et je pense que la majorité d’entre eux n’apprécieront guère le fait que :

 1) Vous ne mentionniez à aucun moment le collectif T’AIR-EAU 94 sur le site de la mairie de Saint-Maur

2) Vous proposiez une nouvelle pétition sans mentionner celle qui est en cours et sans reprendre ce qui en constitue le mot d’ordre principal : l’arrêt de la central Eiffage tant qu’une enquête publique nouvelle n’aura pas été relancée.

Cordialement,

 Claude Grasland


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