Le prolongement de la RN406 : un dossier de concertation très instructif …

Nous devons une explication aux lecteurs de ce blog qui s’interrogent sur le silence du collectif T’AIR-EAU94 depuis la grande manifestation du 2 juin. La principale raison de notre discrétion est le début imminent du procès au tribunal administratif qui impose une certaine prudence pour ne pas donner prise à la partie adverse et augmenter les chances de succès. Pour autant, il ne faut pas s’arrêter dans le travail d’information des citoyens et tâcher de garder toujours une longueur d’avance dans l’analyse des dossiers relatifs non seulement à l’usine Eiffage mais aussi, plus généralement, à l’aménagement du Port de Bonneuil. A cet égard, il vaut la peine de lancer un appel à l’ensemble de nos lecteurs pour s’intéresser de très près au prolongement de la RN406, ne serait-ce que parce que cette infrastructure est très directement liée au fonctionnement de l’usine Eiffage.

1°) Un document du plus haut intérêt pour les habitants des communes riveraines

Comme le précise le site de la direction des routes d’Ile de France  (DiRIF) , « La concertation publique sur le projet de création de la desserte du port de Bonneuil par la RN406 débute le 9 novembre 2011 pour une durée d’un mois.Cette opération consiste à réaliser une voie nouvelle entre l’échangeur RN19/RN406 et la voirie du port (route du Moulin Bateau). Ce projet d’une longueur d’environ 2 kilomètres franchira la grande ceinture ferroviaire, la RD10 et la voie ferrée du port. Toutes les options d’aménagement ne sont pas encore arrêtée. Elles le seront après cette démarche d’association du public. »

L’objectif de cette infrastructure nouvelle intéresse directement l’implantation Eiffage dans la mesure où elle lui permettrait d’évacuer beaucoup plus facilement les tonnes d’enrobés à chaud produites et, théoriquement, de limiter les nuisances des camions sur le réseau routier local : « L’objectif principal est le raccordement du port de Bonneuil-sur-Marne au réseau routier magistral. L’aménagement contribuera également à améliorer la desserte des secteurs d’activités importants à Sucy-en-Brie et Bonneuil-sur-Marne et à diminuer le trafic de transit et notamment de poids lourds sur le réseau local. »

A première vue, tout ceci paraît plutôt sympathique et les habitants des communes riveraines peuvent penser que, si par malheur l’usine Eiffage réussissait à se maintenir quelques années sur le site, une telle infrastructure routière éviterait au moins les nuisances liées au trafic des camions chargés d’enrobés à chaud nauséabond. Mais outre le fait que ce prolongement ne sera pas réalisé avant plusieurs années (une bonne raison de refuser l’ouverture de l’usine Eiffage), le dossier de concertation soulève bien des interrogations et mérite que les citoyens des communes riveraines s’y intéressent de très près, en particulier ceux de Sucy-en-Brie et des communes du Plateau de Brie.

Nous n’en sommes actuellement qu’aux premiers stades de la concertation sur les tracés possibles, mais nous savons d’expérience que les enquêtes publiques proprement dite arrivent très rapidement et sont bien mal annoncées. Il vaut donc mieux préparer longtemps à l’avance les analyses pour ne pas être pris au dépourvu.  Le dossier de concertation que vous pouvez télécharger en cliquant ici est un document de 68 pages illustré de nombreuses cartes, couvrant tous les aspects de l’aménagement du Port de Bonneuil et détaillant les avantages et inconvénients de chacune des quatre variantes du tracé possible.

2°) Un tracé routier optimal pour l’usine d’enrobés Eiffage ?

Sans entrer dans le détail des variantes du tracé qui sont approximativement les mêmes (les différences concernent uniquement le nombre de voie et la gestion des croisements), on peut voir sur la carte ci-dessous que le prolongement de la RN406 aboutit exactement à l’usine Eiffage non sans avoir traversé une partie des terrains de sports. Il s’agit d’un tracé pour le moins étonnant si l’on garde en tête que les entreprises nécessitant des transports lourds par camion sont plutôt localisées dans la partie ouest du Port. On ne semble guère s’interroger sur les flux qui vont traverser le Port d’Ouest en Est pour rejoindre le nouveau débouché prévu rue du moulin-bateau, exactement à la sortie de l’usine Eiffage …

3°) Un schéma d’aménagement du Port de Bonneuil … stupéfiant

Si l’on en croît le document étonnant fourni dans le dossier de concertation, l’usine Eiffage se situerait au coeur d’une zone vouée aux activités « BTP-Logistique » (triangle violet). Comme nous le savons, il reste un vaste terrain vide autour de l’usine Eiffage et ce document suggère que d’autres usines équivalentes de BTP pourraient arriver dans les années à venir… Nous avons déjà deux usines d’enrobés dans le Port, qui dit que nus n’aurons pas aussi bientôt deux cimenteries ! Le choix des activités de type purement logistique est certes compréhensible, à l’instar des dépôts comme France Boisson,   pour tenir compte de la présence simultanée de la voie d’eau (darses), du rail (triage ferroviaire) et de la route (le prolongement de la RN406). Mais on ne voit vraiment pas bien l’intérêt d’installer ici des industries BTP polluantes comme la centrale d’enrobés Eiffage ou des cimenteries.  Car les terrains situés immédiatement autour de ce fameux triangle violet sont dédiés à de la micro-entreprise et petites activités (zone bleue au Nord) ou à des éco-activités (zone bleue à l’est) voire à un espace naturel et de loisir (triangle vert). Ce document confirme l’absurdité du choix d’une implantation polluante dans cette partie du Port qui devrait être uniquement dédiée à la logistique. Il faut impérativement demander une révision du plan d’occupation du sol du Port de Bonneuil si l’on ne veut pas voir resurgir prochainement de nouvelles usines du type Eiffage !

4°) Des prévisions de transport qui ne tiennent pas compte de l’effet de l’usine Eiffage

Les documents décrivant la situation actuelle des transports montrent de nombreux goulets d’étranglement dans le Port de Bonneuil et ses abords immédiats lors des heures de pointes du matin et du soir. On repère en particulier les bouchons localisés à l’entrée de Sucy-en-Brie et sur les accès du Pont de Bonneuil. Le prolongement de la RN406 est-il de nature à réduire ces engorgements ? Surtout si on tient compte des 40 à 150 camions supplémentaires que pourrait générer l’usine Eiffage ?

La réponse est pour le moins incertaine, comme le montrent les cartes de simulation du trafic des véhicules de tourisme et des poids lourds dans la variante 4 du tracé

Les cartes de prévisions  montrent toutes une diminution du trafic sur l’axe reliant Saint-Maur à Bonneuil puisque l’évacuation principale se ferait désormais par la nouvelle route. Mais on peut prévoir de sérieuses difficultés au carrefour qui relie les deux moitiés du Port. Et surtout on note un accroissement prévisible très fort du trafic dirigé vers Sucy-en-Brie et Ormesson, surtout dans les variantes du tracé qui prévoient un carrefour au niveau de la zone industrielle des Petits Carreaux. On notera enfin que les prévisions de trafic poids lourd au sortir du Port de Bonneuil sont manifestement sous-estimées (100 pour l’heure de pointe du matin et 60 pour l’heure de pointe du soir). L’usine Eiffage renforcerait à coup sûr la congestion du trafic le matin au moment où elle commencerait à livrer le bitume produit la nuit. Et l’arrivée possible d’autres usines de BTP dans le triangle où se situe Eiffage ferait rapidement virer la situation au cauchemar.

5°) Sucy, Bonneuil, Saint-Maur, même combat

Les premiers éléments d’analyse présentés ci-dessus peuvent donner à penser que c’est Sucy-en-Brie qui souffrirait le plus de la conjonction de l’usine Eiffage et du prolongement de la RN406. Cette prolongation aurait en revanche des effets à première vue positifs pour les autres communes, notamment à Bonneuil puisque cela réduirait le trafic traversant actuellement la ville. La maire de Bonneuil ne fait d’ailleurs pas mystère de on soutien au projet, à travers une vidéo publiée sur son site:

http://www.ville-bonneuil.fr/tous-les-films/voir-un-film/video/456/

La mairie de Saint-Maur espère également faire baisser le trafic de camions  ou au moins faciliter la traversée des ponts.

Mais les habitants de Saint-Maur et Bonneuil auraient tords  de se désolidariser du sort de leur voisins orientaux car tôt ou tard ils seraient rattrapés par les congestions de trafic induites par la saturation des portes de Sucy. On verrait certainement des flux nouveaux passer par le Pont de Chennevières ou par Boissy et le moment ne serait pas loin où surgirait le spectre de la relance de nouvelles autoroutes pour réguler le trafic qu’aura en pratique engendré le prolongement de la RN406.

Répétons-le encore une fois, l’aménagement du Port de Bonneuil est l’affaire de toutes les communes voisines et l’autonomie des Ports de Paris doit être limitée lorsqu’elle aboutit à des décisions désastreuses sur le plan économique, social et environnemental. Tout en continuant à se battre pieds à pieds pour la fermeture de l’usine Eiffage, nous devons également préparer l’avenir en demandant :

  • une révision du plan d’occupation des sols du Port de Bonneuil
  • l’installation d’une station AIRPARIF permanente
  • une association systématique des trois communes voisines aux décisions du Port Autonome
  • un plan de transport dépassant les limites des intercommunalités actuelles.

Claude GRASLAND

membre  du Collectif T’AIR-EAU 94

5 commentaires

  1. EIFFAGE : l’asphyxieur asphyxié ?

    La question du trafic routier constitue de toute évidence un argument fort pour justifier au moins une limitation des activités du Port de Bonneuil.
    A ce titre, et sachant que la future voie de desserte n’est pas opérationnelle à ce jour, il convient de compiler les chiffres prévisionnels d’Eiffage – en termes de camions/jour ; inclus horaires des livraisons et retours des camions – pour démontrer en quoi le surcroît de trafic généré ne compromettra pas le bon fonctionnement de l’ensemble du port et le trafic de transit.

    L’état du trafic actuel permet, a priori, d’ores et déjà, de conclure qu’il n’est pas possible d’accueillir un trafic complémentaire – au moins aux heures de pointe.

    L’argument des tronçons manquants, quant à lui, gagnerait en pertinence si attribuait des dates prévisionnelles de mise en service.
    Là encore, il semble couler de source qu’EIFFAGE et les autorités ont tout intérêt à rapidement définir un nouveau site pour l’installation controversée.

    Dans un répertoire parallèle :
    Les ponts (et passerelles) représentant un enjeu stratégique, on peut se demander s’il ne conviendrait pas d’envisager une nouvelle forme de connexion, au droit de l’avenue de Bonneuil (St.-Maur), par exemple.

  2. Bonjour, pourriez-vous préciser, voir localiser sur une carte le propos suivant: « Nous avons déjà deux usines d’enrobés dans le Port ». Je suppose que l’une d’entre elle est celle d’Eiffage mais surtout, quelle est cette deuxième usine, où est-elle, fonctionne-t-elle?

    Dans ce cas, pourquoi celle d’Eiffage est-elle différente? Car s’il y en a une autre, l’argumentaire de pollution et de nuisance olfactive devient plus problématique, non ?

    Inversement, si la première ne nuit pas (jusqu’à ce que je m’intéresse à la chose, j’ignorais jusqu’à son existence, alors que j’habite à coté…), peut-être nous pourrions faire le forcing pour que la seconde soit sur le même type de norme que la première et donc ne nuise pas? C’est certainement plus cher… pour Eiffage, et donc moins rentable, mais ça, c’est leur problème 😉

    • Il y a effectivement deux usines d’enrobage dans le Port mais également de nombreuses autres industries dégageant de la pollution dans le Port et les communes avoisinantes. Il ne suffit donc pas d’obtenir un éventuel alignement de l’usine Eiffage sur les normes de l’usine concurrente mais bel et bien d’obtenir une mesure complète de l’impact de l’ensemble des usines de la zone pour juger des conséquences de l’ajout d’une pollution supplémentaire (principe de la goutte d’eau qui fait déborder le vase). Le port de Gennevilliers est quant à lui couvert par un capteur AirParif qui mesure en temps réel plusieurs polluants. Il faut obtenir l’équivalent pour le Port de Bonneuil, afin de pouvoir mieux évaluer la pollution « de fonds » sur laquelle s’ajoute la centrale Eiffage. Ce ne sont pas des mesures ponctuelles qui y suffiront (il est trop facile de truquer une campagne isolée) mais une station pérenne.

      Claude Grasland

  3. Bonjour Mme . Grasland,

    Je viens de parcourir avec beaucoup d’ interet votre article, mais je pense qu’il fallait se battre avant et ne pas autoriser du tout cette usine très polluante.
    Le fait d’avoir x camions de plus par jour, est par essence nuisible, mais si ces x camions devaient en plus créer de monumentals bouchons supplémentaires, je pense que la pollution serait encore plus insoutenable, sans parler du temps passé en plus pour les habitants qui rentrent chez eux.
    Il faut maintenant se battre pour qu’aucune source polluante ne vienne grossir les rangs
    d’ Eiffage, et réserver cette partie du Val de Marne à des entreprises « non polluantes »
    Le chemin ne sera pas facile, car si de telles infrastructures sont menées par les pouvoirs publics, ce ne sont pas pour nos beaux yeux.
    Il faut jouer dans la même cour que les voisins d’en face et prendre des lobbistes percutant.
    Des Maires de droite et de gauche se battent aujourd’hui pour amménager les berges des fleuves qui traversent leurs communes, et nous nous aménagons … la pollution !
    Comme disant Pierre Desproge  » Etonnant Non ?

    • Bonjour,

      Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse. L’étude d’impact de la RN 406 part d’un constat juste (les habitants de Bonneuil souffrent du passage des camions au sortir du Port) mais elle poursuit sur une hypothèse redoutablement fausse (il faut désengorger le Port afin d’accroître son trafic multimodal). L’étude d’impact montre clairement que, avec ou sans la RN406, on se dirige vers un engorgement irréversible du Port de Bonneuil et de ses environs. Si plateforme multimodale il doit y avoir, c’est sur l’interface eau-rail mais non pas eau-route ou rail-route. Au delà, il est clair que cet zone serait désormais beaucoup plus valorisé par un développement des activités de bureaux ou de service, avec un noyau d’habitat dense autour de la gare de Sucy, espace privilégié en matière de transport en commun. Et les espaces naturels du Bords de Marne sont également un capital de loisir inestimable, dans une approche de long terme.

      Sans aucun doute, nous marchons sur la tête !

      Claude Grasland

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