Petite leçon de statistique à l’usage des enfûmeurs …

La société Eiffage se croit très maline parce qu’elle a fait semblant de faire tourner l’usine une journée (avec des fumigènes) et obtenu deux témoignages de riverains déclarant ressentir des nuisances. Ce serait selon elle la preuve que la perception des nuisances est totalement infondée. Or, elle a peut-être sans le savoir démontré exactement le contraire !

1. Rappel des faits

Comme l’explique très bien le compte-rendu de l’affaire dans le Parisien, Eiffage a voulu se livrer à une expérience visant à démontrer la non-fiabilité des témoignages de riverain.

Télécharger l’article du Parisien  au format PDF

Les membres du  collectif T’AIR-EAU94 responsables de l’action juridique ont protesté à juste titre et publié un communiqué de presse repris partiellement par le Parisien mais que nous proposons ci-dessous en version complète :

Télécharger le communiqué de presse au format PDF

 

2. Un petit problème de statistique probabiliste

Eiffage se réjouit d’avoir trouvé deux témoignages de riverains pendant la journée où il a fait semblant de faire tourner l’usine, mais il oublie de préciser que ce sont pas moins de 60 à 100 témoignages qui ont été validés comme correspondant aux moments de fonctionnement de l’usine, de l’aveu même des services de la préfecture. On peut dès lors se demander si la  faiblesse des témoignages erronés n’est pas la preuve la plus éclatante des nuisances produites par l’usine.

Considérons en effet que 62 riverains ont mentionné des nuisances au moment où l’usine Eiffage fonctionnait et que 2 riverains ont ressenti à tord des nuisances à un moment où elle ne fonctionnait pas . Quelle est la probabilité de se tromper en affirmant qu’il y a une relation statistique significative entre les émissions de l’usine Eiffage et les témoignages de riverains ?

Plusieurs solutions statistiques sont possibles (et nous invitons les lecteurs du blog à les développer dans les commentaires) mais la plus simple est de faire l’hypothèse d’une loi binomiale où les riverains ont une chance sur deux de se tromper dans leur témoignage. Dans ce cas, le fait que l’on trouve 62 témoignages corrects sur 64 peut-il être considéré comme l’effet du hasard ? Pour bien comprendre le problème il faut imaginer une personne qui joue à pile ou face et qui à l’issue de 64 épreuves obtient 62 fois piles et 2 fois face… Le graphique ci-dessus donne la probabilité d’obtenir un certain nombre de témoignage erronés de la part des riverains :

Exemple de lecture : si 32 témoignages sur 64 étaient faux, alors il y aurait une chance sur deux pour qu’Eiffage ait raison de considérer qu’il n’y a pas de relation entre les émissions de l’usine et les témoignages des riverains. Et bien évidemment, si 64 témoignages étaient erronés il y aurait 100% de chance pour qu’Eiffage ait raison.

Zoom sur le  coin inférieur gauche du graphique : on peut voir que jusqu’à concurrence de 7 témoignages erronés sur 64, il y a une chance sur un milliard pour qu’Eiffage ait raison de considérer que les témoignages des riverains sont invalides.

Sachant qu’il n’y a eu selon Eiffage que 2 cas erronés alors qu’on en compte plus de 60 concordants,  l’hypothèse que les témoignages des riverains sont le fait du hasard est totalement rejetée. Il n’y a en effet qu’une chance sur plusieurs milliards de milliards que les témoignages des riverains soient l’effet du hasard (très exactement 0,000000000000000113 !)

On notera que même s’il y avait eu 10 ou 20  témoignages erronés sur 64, on aurait encore pu rejeter avec une confortable marge d’erreur l’hypothèse de non-concrodance des témoignages de riverains avec le fonctionnement de l’usine. Les ingénieurs d’Eiffage étant certainement pour beaucoup d’entre eux centralien ou polytechniciens, ils devraient se sentir profondément humilié de voir leurs avocats recourir à des arguments aussi absurdes sur le plan statistique. Et il vaudrait la peine lors des prochaines audiences de les questionner sur leurs connaissances en statistiques !

3. Et encore ne mentionnons nous pas l’hypothèse d’une tricherie supplémentaire …

… qui aurait consisté pour Eiffage à faire constater par huissier que son usine n’émettait que des fumées inodores, tout en s’assurant dans le même temps que des odeurs circuleraient ce jour là. Il n’est en effet guère difficile de s’entendre avec un concurrent et néanmoins ami pour que ce jour là des odeurs de bitumes plus fortes que d’habitude soit émises (il existe de nombreux procès pour entente illégale entre les principales sociétés productrices d’enrobés). Et on peut aussi bien imaginer brûler quelques pneus dans la friche du bec de canard, située à deux pas de l’usine …

Lorsqu’une société est prête à recourir à des supercheries du type de celle utilisée par Eiffage, on peut la soupçonner de ne reculer devant aucun moyen de ce type …

Mais quoiqu’il en soit, il faut finalement plutôt se réjouir de cette action stupide qui démontre statistiquement la validité certaine des témoignages de riverains !

Claude GRASLAND

Membre du Collectif T’AIR-EAU 94

6 commentaires

  1. CQFD.

    Autre probabilté qu’Eiffage devrait garder à l’esprit: plus ils persisteront dans leur projet de production polluante, plus notre mouvement s’amplifiera.

    De plus en plus de voisins se retrouvent concernés chaque jour et s’intéressent à ce mouvement de contestation.

    -> Plus vite Eiffage stoppera son agression polluante, moins douloureuse sera pour eux l’addition salée du dementelage de leur activité de Bonneuil.

    Ils pensent surement que nous allons laisser tomber et accepter un péril sanitaire de cette ampleur?

    Nous nous accommoderions tous rapidement du goût du bitume au réveil et oublierions d’ici quelques semaines le risque cancérigène auquel est exposé nos enfants, pour nous pâmer devant une parfaite qualité de bitume made in Bonneuil! Quelle fierté!

    Messieurs d’eiffage: je provisionne déjà les futures contestations d’huissier et autres frais de justice que nous aurons à réaliser.

    Vous avez sousestimé le nombre et la qualité de vos adversaires. Nous ne nous laisserons pas faire!

  2. Fumée ou pas fumée…les odeurs ne se voient pas! Et celles qui se sentent nous permettent de fermer nos fenêtres au plus vite, par contre celles qui sont inodores?!? C’est pire…En tout cas les pluies acides dans la nuit du 4 au 5/6 ont bien brulées mes roses blanches ( trous certis de rose magenta sur mes pétales…?!? celles non exposées aux pluies étaient intactes!), j’ai les photos!

  3. Bravo monsieur Grasland !
    Votre démonstration m’a bien fait rire d’Eiffage; même s’il faudrait plutôt pleurer qu’une entreprise soit aussi mal dirigée.
    Comme dit une personne plus haut : de plus en plus de gens prennent conscience du problème, et l’opposition ne fera que s’accentuer avec le temps.
    COURAGE !!!!!!

    • Merci à T’AIR-EAU qui se dévoue avec FCPE pour nous défendre contre cette usine toxique.Après avoir lu dans le parisien l’article sur Eiffage, j’aimerai que l’on m’explique ce qu’est :  » une nuisance de confort  » !
      Puisque Eiffage parle de nuisance de confort, il reconnait donc qu’il y a nuisance.
      Ou alors Eiffage pense que les odeurs nauséabondes distillées par son usine, nous génère du confort !
      Nuisances ou confort il faut choisir !
      Mais en attendant, Eiffage ne s’en tirera pas par des contre-pétries.
      Jamais nous n’abandonnerons notre opposition et notre lutte contre cette usine polluante.

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