Du bon usage d’une étude d’impact douteuse …

L’analyse de l’impact de la société Eiffage sur l’environnement réalisée par la société Entime comporte des choix surprenants en matière de localisation des capteurs et de durée de réalisation des analyses. On aurait cependant tord de la rejeter totalement car elle comporte quelques résultats intéressants pour les opposants à la centrale d’enrobage à chaud d’Eiffage.

Cliquez ici pour télécharger le rapport ENTIME.

A) Des choix surprenants en ce qui concerne les points d’observation …

entime

Comme on peut le voir sur l’image ci-dessus, les points de mesure retenus par la société ENTIME sont pour les  trois premiers  d’entre eux situés au niveau de la centrale (n°2) ou dans ses alentours immédiats selon l’axe des vents dominants (n°1 et n°3) . Il est en revanche curieux que les deux points suivants censés restituer l’impact sur les habitants des communes voisines soient situés pour l’un très proche (n°4, quai de Bonneuil à Saint Maur) et pour l’autre très éloigné (n°5, Avenue A. Pleuvry à Sucy). Il est incompréhensible que le point représentatif de la commune de Sucy-en-Brie ne soit pas situé au niveau de l’école des Noyers ou près de la gare, là où les habitants constatent les plus grandes nuisances olfactives

Une explication possible de cette différence réside sans doute dans l’attitude différente des deux mairies de Saint-Maur et de Sucy face à l’implantation Eiffage. Si le maire et ses adjoints soutiennent clairement le combat de leurs habitants à Saint-Maur, c’est un euphémisme de dire qu’il n’en va pas de même à Sucy-en-Brie ou un adjoint bien au fait du dossier aurait déclaré que « de toutes façons les gens finiront bien par s’habituer » (sic). Le choix du point n°5 semble donc a priori résulter d’une volonté de dissimuler les impacts de la centrale Eiffage sur Sucy-en-Brie, avec la bénédiction de la mairie qui aurait dû protester et imposer le choix d’un capteur au niveau de l’école des Noyers.

B) … mais la possibilité d’utiliser le point excentré comme référence pour les rejets de HAP

Pourtant, on peut faute de mieux utiliser ce point n°5 pour mieux juger de l’impact de la centrale en le prenant comme référence, précisément parce qu’il est trop éloigné de la zone d’impact maximal. Voyons en particulier comment on peut mesurer ainsi l’impact de la diffusion des polluants les plus dangereux que sont les HAP. Nous partons pour cela du tableau original des concentrations de HAP fourni par Entime :

Tableau 1 : niveaux moyen de HAP relevé par Entime

hap

Nous ramenons ensuite ce tableau à une valeur unique par case en effectuant la moyenne des bornes données pour chaque intervalle de confiance :

tableau n°2 : Estimation des valeurs centrales de chaque intervalle

tab1

Puisque le point n°5 de Sucy-en-Brie est clairement situé en dehors de la zone d’impact de la centrale Eiffage, il peut servir de référence pour définir un niveau normal de polluants de type HAP. Par exemple, la concentration en  Naphtalène y est égale 0.000392 ce qui définira le niveau 100 pour comparer avec les autres points.  La concentration en Naphtalène du point n°1 à Bonneuil est de 0.000175 ce qui est environ deux fois plus faible qu’à Sucy et nous donnera un indice 45, inférieur de 55% à la normale. Par contre, au niveau de la centrale Eiffage, la concentration en Naphtalène est de 0.001290 ce qui est trois fois plus que la concentration de Sucy et nous donnera un indice 329, soit une concentration supérieure de 229% à la normale.

Tableau n°3 : concentrations anormales de polluants HAP (indice 100=Avenue Pleuvry à Sucy-en-Brie)

tab2

Pour faciliter la lecture des résultats, nous avons indiqué en vert les valeurs inférieures ou égales au point de référence, en jaune les concentrations 1 à 2 fois plus élevées, en orange les concentrations 2 à 4 fois plus élevées et en rouge les concentrations supérieures à 4 fois la valeur de référence. Cette analyse montre une situation très contrastée des résultats que l’on peut détailler ainsi :

  • Le point n°1 (bout de la route des Gorres) affiche des concentrations en HAP environ deux fois plus élevées que le point de référence. Selon les composés HAP la valeur peut varier et être tantôt plus faible, tantôt plus forte qu’au point de référence.
  • Le point n°2 (site Eiffage) affiche des concentrations de HAP qui sont en moyenne 7 fois plus fortes qu’au point de référence. Selon les composés chimiques on se trouve de 2 à 16 fois au dessus des valeurs observées en dehors de la zone d’impact. De quoi s’inquiéter pour la santé des ouvriers de la centrale et leurs voisins immédiats !
  • Le point n°3 (Bordure de Marne, société loueurs de France) affiche le record absolu avec des concentrations de HAP 16 fois supérieures au niveau observé au point de référence. Pour certains composés on trouve même des valeurs 20 à 30 fois supérieures à la valeur de référence (Fluorène, Anthracène, Phénanthrène, …). Quant on sait que ce point d’observation correspond à l’emplacement des restaurants fréquentés par les employés du site, on peut s’interroger sur la responsabilité des entreprises voisines d’Eiffage vis à vis de leurs personnels. La faute inexcusable n’est pas loin …
  • Le point n°4 (137, Quai de Bonneuil) est le seul qui ait une valeur moyenne légèrement inférieure à celle du point de référence (indice 92). Toutefois, une lecture attentive du tableau montre que cette situation moyenne recouvre des résultats très contrastés. d’un côté, relativement peu de Naphtalène, Fluorène, Anthracènes … De l’autre des concentrations extrêmement élevées de benzo-anthracène ou benzo-fluorène.

Bien évidemment, ces résultats sont difficiles à mobiliser dans un cadre légal puisque les HAP ne font pas l’objet d’une surveillance d’ensemble et que seuls quelques uns sont mesurés par AIRPARIF. Il n’en demeure pas moins que la présence de concentrations 4 à 30 fois supérieures à la normale (définie ici par le point de référence n°5) ne peut manquer de susciter des interrogations légitimes.  Et devrait impliquer la mise en place d’une surveillance épidémiologique de la zone située autour du Port de Bonneuil afin de repérer si la fréquence des cancers liés aux HAP n’est pas au dessus de la normale francilienne.

C) Et que dire des concentrations exceptionnelles de particules fines  !

Notons enfin que le rapport conclue bien hâtivement à l’absence de problèmes sanitaires alors même que des niveaux exceptionnels de particules fines sont observés à proximité de la centrale :

tab3

Comme par hasard, on retrouve des concentrations très fortes au point n°2 et au point n°3, mais malheureusement la mesure au point n°3 n’est pas fiable en raison d’un arrêt particulièrement opportun du capteur, comme nous l’explique la note en bas de page suivante :

tab3bis

Quelle malchance, en effet, alors même que ce point n°3 est comme on l’a vu le lieu où se situent les principaux restaurants où se retrouvent les employés de la zones industrielle du Port de Bonneuil le midi. Mais en réalité peu importe car l’étude ENTIME va utiliser un magnifique tour de passe-passe pour faire disparaître les mauvais chiffres de particules dans sa conclusion générale dont voici l’extrait :

tab4

Vous ne comprenez pas d’où vient le chiffre de particule de ce tableau final ?

Eh bien regardez mieux la phrase d’explication : « ... les concentrations moyennes mesurées au droit des zones habitées sont inférieures aux valeurs limites …. ». L’astuce consiste à ne retenir que les points n°4 et n°5 pour calculer la valeur moyenne de concentration des PM10 : (26.09+22.65) / 2 = 24.37 C.Q.F.D. La manipulation est évidemment particulièrement grossière mais efficace si l’on n’est pas attentif. Et on comprend alors beaucoup mieux l’intérêt du point n°5 situé à grande distance de la centrale.

Conclusion : faut pas prendre les riverains pour des c … sauvages

Il serait intéressant de savoir qui a choisi le point d’étude n°5 à Sucy-en-Brie car , comme on l’a vu, il contribue singulièrement à fausser les résultats de l’analyse. Interrogé à ce sujet lors d’une réunion au quartier des Noyers, la mairie de Sucy aurait répondu que ce point avait été choisi, plutôt que l’école des Noyers, parce qu’il représentait mieux l’ensemble de la ville de Sucy.  Mais il semble qu’il ait été surtout choisi parce qu’il est perpendiculaire à la direction des vents dominants et constitue la zone la moins impactée de la commune.

rose des vents

Bref … on ne peut pas dire que cette étude présente toutes les garanties de sincérité. Mais elle apporte à tout le moins des renseignements utile sur la dangerosité de la centrale pour les populations qui travaillent sur place et en particulier celles qui fréquentent les restaurants du bord de la Marne.

5 commentaires

  1. Effectivement, que ce soit le nombre, le choix des emplacements, les temps de prélèvement des capteurs, le dysfonctionnement de l’un, la carte de la pollution ( déja qui semble ne pas avoir reçu de visa pour passer en Sucyland !) avec sa drôle de tronche incohérente même pour un non spécialiste…tout cela me rassure, et c’est bien un doux parfum de rose que je peux respirer du coté d’Eiffage Bonneuil.

    Pour comprendre la pertinence toute relative du logiciel utilisé par Entime :
    Comparaison de deux modèles
    gaussiens de dispersion
    atmosphérique :
    http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=154

  2. J’oubliais : Cette étude, vous prouve, cher Claude, que tout comme le nuage de Tchernobyl, les gaz d’Eiffage se sont arrétés aux frontières du Grassland comme du Sucyland !
    Pourquoi alors vous entêter contre l’usine alors que les « Autorités » s’évertuent à vous démontrer son inocuité à votre porte ?
    😉

  3. Vous n’êtes pas convaincus ?
    http://pollutiondelusineastenslpaducres.midiblogs.com/tag/aria
    « La modélisation informatique ARIA, destinée à évaluer la dispersion atmosphérique des polluants rejetés par l’usine, et sur laquelle repose toutes les conclusions de l’étude d’impact sanitaire, prédit des concentrations dans l’environnement qui s’avèrent être 200 à 5000 fois plus faibles que celles mesurées réellement par les capteurs installés chez les habitants (Exemple du HAP Naphtalène, qui signe spécifiquement l’activité de l’usine). La cause d’une telle anomalie ? La sous estimation des concentrations en polluants rejetés par l’usine qui sont utilisés en entrée de la modélisation informatique. Selon nous, ce constat suffit à lui seul à remettre en cause la validité de la simulation informatique et, par voie de conséquence, la totalité de l’étude d’impact sanitaire. »

    A vos souhaits !

  4. Verfeil. Pourquoi la centrale d’enrobé s’est arrêtée… 14/11/2012

    Coup de théâtre dans la controverse qui perturbe la vie des riverains de la zone Piossane depuis 5 ans : la centrale d’enrobé est aujourd’hui à l’arrêt ! Depuis quelques jours, plus aucune vapeur ne fuse de la grande cheminée. La raison de cette interruption soudaine repose sur un nouvel arrêté préfectoral notifié il y a quelques jours à la municipalité, qui suspend sur le champ la fabrication d’enrobés à chaud (voir encadré ci-contre).

    L’épisode précédent remonte au 28 juillet 2011, quand une décision du tribunal administratif a annulé l’autorisation d’exploitation du site par les sociétés Enrobés Midi-Pyrénées (EMP) et Entreprise Routière du Grand-Sud (ERGS). L’exploitant a fait appel du jugement et l’usine a continué à produire du goudron. Depuis, la Cour d’Appel de Bordeaux n’ayant pas encore statué sur le jugement du tribunal administratif, un bras de fer s’est engagé entre la communauté de communes (C3G) liée à Verfeil et la société ERGS. Récemment encore, Hervé Dutko, maire de Verfeil, qui a fait de ce combat son cheval de bataille, n’excluait pas de mener une action forte (La Dépêche du 3 octobre) pour parvenir à stopper l’activité de l’usine. Pour la mairie, le nouvel arrêté sonne donc comme une première victoire.

    http://www.ladepeche.fr/article/2012/11/14/1488444-verfeil-pourquoi-la-centrale-d-enrobe-s-est-arretee.html

  5. «On a gagné. L’usine d’enrobés à chaud LGE de la ZAC de Samazan ne peut plus fonctionner. » C’est avec une joie rayonnante que Richard Dupiol, le président de l’association intercommunale Halte à la pollution, et les membres du bureau ont accueilli mercredi 4 juillet la lettre recommandée notifiant le jugement du tribunal administratif de Bordeaux.[…]
    Pour rendre son jugement en faveur de la requête de l’association Halte à la pollution, le tribunal administratif a relevé des omissions et des insuffisances dans l’enquête publique préalable, au niveau de son étude d’impact. « L’autorisation préfectorale d’exploitation de l’usine en litige a été accordée au terme d’une procédure irrégulière », conclut le tribunal administratif. »

    http://www.sudouest.fr/2012/07/16/l-usine-d-enrobes-est-sur-la-sellette-771022-3866.php

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